Def Tertiaire et tertiarisation : ce qu’il faut retenir pour le Bac

Le secteur tertiaire regroupe l’ensemble des activités économiques qui ne relèvent ni de l’agriculture, ni de l’industrie. Il se définit par complémentarité avec les secteurs primaire et secondaire, et rassemble tous les services : commerce, transports, santé, éducation, administration, finance, conseil ou encore activités récréatives. Cette définition par exclusion, posée dès 1939 par l’économiste Colin Clark dans The Conditions of Economic Progress, reste le socle utilisé dans les programmes de SES au lycée.

Origine de la classification en trois secteurs économiques

Colin Clark distingue un secteur primaire (agriculture, pêche, forêt), un secteur secondaire (transformation des matières premières, construction) et un secteur tertiaire qui agrège toutes les activités de services. En France, Jean Fourastié reprend et popularise cette grille de lecture. Son intérêt pédagogique explique sa longévité dans les manuels scolaires.

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L’homogénéité du tertiaire repose sur le caractère immatériel et non stockable des services produits. Un cours particulier, une consultation médicale, un trajet en bus : aucun de ces services ne peut être entreposé pour être revendu plus tard. Ce critère distingue clairement le tertiaire du secondaire, où les biens fabriqués sont tangibles et stockables.

L’Insee affine cette catégorie en séparant le tertiaire marchand (commerce, transports, activités financières, services aux entreprises et aux particuliers, hébergement, restauration) du tertiaire non marchand (éducation, santé, action sociale, administration). Le tertiaire non marchand est principalement financé par les prélèvements obligatoires, et non par la vente sur un marché.

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Étudiant révisant le cours de tertiarisation de l'économie entouré de manuels dans une bibliothèque universitaire

Tertiarisation : définition et mécanismes pour le Bac

La tertiarisation désigne la montée progressive des activités de services dans l’économie, mesurée à la fois par leur part dans le PIB et dans l’emploi total. Au début du XXe siècle, seul un emploi sur quatre relevait des services en France. Aujourd’hui, le tertiaire représente plus de 70 % du PIB et des emplois.

Trois mécanismes principaux alimentent ce processus.

  • Les gains de productivité dans l’agriculture et l’industrie libèrent de la main-d’oeuvre, qui se reporte vers les services. C’est le phénomène de déversement théorisé par Alfred Sauvy : moins de bras nécessaires dans les champs et les usines, davantage disponibles pour enseigner, soigner ou conseiller.
  • La hausse du niveau de vie stimule la demande de services (loisirs, santé, éducation, culture). Quand les besoins alimentaires et matériels de base sont couverts, les ménages consacrent une part croissante de leur budget aux services.
  • L’externalisation par les entreprises industrielles de fonctions auparavant intégrées (comptabilité, informatique, logistique, nettoyage) gonfle statistiquement le tertiaire. Un emploi comptabilisé hier dans l’industrie bascule dans les services sans que la nature du travail change fondamentalement.

Ce dernier point mérite une attention particulière au Bac. Il montre que la tertiarisation est en partie un artefact statistique : le transfert d’activités du secondaire vers le tertiaire ne traduit pas toujours une transformation réelle de la production.

Services aux entreprises et tertiarisation récente

Les contenus de révision insistent souvent sur la distinction primaire/secondaire/tertiaire sans détailler la composition interne du tertiaire. La tertiarisation récente se fait pourtant surtout via les services aux entreprises : conseil, informatique, recherche et développement, logistique, plateformes numériques.

Ces services à haute intensité de connaissance tirent la croissance de l’emploi tertiaire davantage que les services traditionnels comme le commerce de détail ou la restauration. Selon des travaux de la Commission européenne, cette catégorie progresse de façon marquée dans l’Union européenne depuis la fin des années 2010, au détriment de l’industrie manufacturière et des services peu qualifiés.

Cette évolution a une conséquence directe sur les qualifications demandées. Le tertiaire n’est pas un bloc homogène de petits boulots : il recouvre aussi bien des postes d’ingénieurs en informatique que des emplois de caissiers. La tertiarisation accentue les écarts de qualification et de salaire au sein même du secteur des services.

Tertiarisation et emploi des femmes

La montée du tertiaire est étroitement liée à la féminisation de l’emploi. Les services, en particulier l’éducation, la santé et l’action sociale, ont massivement recruté des femmes à partir des années 1960. La tertiarisation a donc accompagné, et en partie permis, l’augmentation du taux d’activité féminin.

Cette corrélation ne doit pas masquer des nuances. Les emplois tertiaires occupés par les femmes restent concentrés dans certaines branches (soin, enseignement, commerce), souvent moins rémunérées que les services aux entreprises à haute qualification. La tertiarisation modifie la structure de l’emploi, mais ne supprime pas les inégalités de genre sur le marché du travail.

Groupe d'étudiants discutant de la définition du secteur tertiaire et de la tertiarisation autour d'un ordinateur portable

Limites de la notion de secteur tertiaire au programme de SES

La classification en trois secteurs, aussi pratique soit-elle, pose des problèmes que les correcteurs du Bac valorisent quand ils sont mentionnés.

  • Le tertiaire est défini par défaut : tout ce qui n’est ni primaire ni secondaire. Cette définition par exclusion rend la catégorie très hétérogène, du trader au livreur.
  • Les notions de productivité et de volume de production, centrales en économie, sont difficiles à mesurer dans les services. Comment quantifier la « production » d’un enseignant ou d’un médecin ?
  • Les frontières entre industrie et services se brouillent. Une entreprise qui vend des machines industrielles avec un contrat de maintenance intégré produit à la fois un bien et un service. Ce phénomène, parfois appelé « servicialisation » de l’industrie, rend la grille de Clark moins opérante.

La tertiarisation n’est pas non plus un phénomène limité aux pays occidentaux. Des économies émergentes comme la Chine, l’Inde ou le Brésil voient la part des services progresser fortement dans leur PIB depuis les années 2010, selon les données de la Banque mondiale. La tertiarisation est un processus mondial, pas une spécificité des économies avancées.

Pour une copie de Bac, retenir que le secteur tertiaire se définit par complémentarité, que la tertiarisation résulte de mécanismes multiples (gains de productivité, hausse du niveau de vie, externalisation) et que la catégorie elle-même fait débat suffit à construire une argumentation solide. Le piège serait de présenter le tertiaire comme un ensemble uniforme alors qu’il recouvre des réalités de travail, de qualification et de rémunération radicalement différentes.